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Si j'avais le choix.....

Comme chante Maxime Le Forestier "On ne choisit pas sa famille, ni les trottoirs de Manille pour apprendre à marcher", je suis née quelque part comme tout le monde, mais si pour un instant j'avais le choix....De la date et de l'endroit et de mon sexe... Je choisirais quoi? Vous choisiriez quoi?

 

Pour ma part comme toujours, moi d'abord les autres ensuite...

Etant  une femme et parce que je suis curieuse de nature, déjà j'aimerais bien être un homme pour voir comment ça fait... Je me doute bien me direz vous... Mais y a des petits trucs que j'aurais aimé faire et que je ne peux pas étant ce que je suis!

Un truc tout bête et les filles ne me dites pas que petites vous n'y avez pas pensé "faire pipi debout!" et n'importe où surtout!... "Bin tiens j'ai une petite envie! Hop là un arbre! Et zou l'affaire est réglée!"

Je vais pas dire non plus que je fantasmais la-dessus, mais c'est vrai que c'est un truc que je leur enviais!...

Il y avait aussi les bagarres! J'adorais ça les bagarres! Surtout quand  mes frêres se battaient... Allez savoir pourquoi?... Je les suivais partout et j'ai assisté à plus d'un affrontement  entre eux et ceux d'autres quartiers! Et c'est bizarre, les parents à l'époque ne se mélaient que très rarement de ces petites gueguerres... L'on pouvait revenir les genoux en sang, les habits déchirés, soit on se faisait disputer mais jamais nous n'avons eu de policiers à la porte, ou de plaintes... Ca restait bon enfant tout de même!... Quelques injures échangées, des claques et des coups de poings et de pieds quelques fois, mais généralement si un ennemi était à terre, on s'y jetait aussi... Mon frêre était le caïd du quartier, le petit bonhomme pas plus haut que trois pommes à genoux , pas plus épais qu'un steack de chez mc  Do, mais teigneux comme pas un... Il suffisait de lui dire que l'un ou l'autre nous avait blessé dans notre amour propre ou pas d'ailleurs, pour qu'il fonçe lui rectifier le portrait... Et moi, il est vrai qu'à l'époque j'étais une véritable chipie, j'ai l'impunité pour moi "je vous parle d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaitreuuuuuu!" j'en ai fait rosser plus d'un ... Il y a prescription maintenant!...

Puis il y avait cet état de fait qui est toujours présent et que je ne pourrais jamais changer, j'étais et je suis toujours la petite dernière... Celle qui faut protéger, celle qui est trop petite pour comprendre, celle qui compte pour du beurre dans les jeux parce qu'elle comprend pas bien les rêgles, celle qui pleure quand on la laisse toute seule, celle dont on doit s'occuper quand maman est pas là, celle qui pose des questions stupides auxquelles on répond "Laisses tu peux pas comprendre!", celle qui  les voit  partir les uns après les autres et oui... Je suis la benjamine d'une fratrie de cinq enfants...

Alain-petite-nature-083.jpg

Bon assez parlé famille!...

Donc voilà déjà pour le choix de mon sexe, c'est fait! Je serais un garçon...

 

Maintenant le choix de la date... Là à bien y réflêchir, être garçon pose quelques inconvénients que je n'avais pas en étant fille... Mais comme je serais un mec, ça me fera pas de mal d'aller à l'armée! Ouais, je serais un dur, un tatoué! De la graine de Popeye!...

Je me veux naître juste après la guerre, les années cinquante, pas si loin en fait!...

 

Je me vois pas en homme de Néanderthal, risquant ma vie juste en mettant un orteil hors de la grotte, humide de surcroît la grotte!... Perclu de rhumatisme à trente balais, prognate et brousailleux de mon mono-sourcil, le poil rare et anarchique poussant à l'envi un peu partout! Il est vrai que les canons de beauté de l'époque n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, mais quand même faudra attendre longtemps avant que je rencontre un miroir et un rasoir!... Le savon n'en parlons pas!...

 

Le moyen-âge ne me tente pas plus! A peu près la même espérance de vie, okay il n'y a plus de mammouth, ni de tigre à dents de sabre mais bon! Y a le choléra, la peste, et les croisades! Et je me connais... Né sous une mauvaise étoile, certainement celle de Dark Vador! J'aurais pas de chance, un manque de bol, d'écuelle de ce que vous voudrez, peu importe... Le fait sera là, je serais cerf et pas celui dont on fait du petit bois ou de grands rameaux! Non ,le cerf tellement pauvre que les souris  sortiraient  de chez moi en pleurant... Le galeux de service, bouffé par les poux et punaises pas celles qui servent à accrocher des posters, nenni... Les méchantes, celles qui vous piquent dans votre sommeil et vous transmettent une bonne gale de derrière les fagots...Le savon n'existait pas encore...

 

La renaissance pas plus... Me poudrer le nez comme une vieille cocotte, la mouche capricieuse sur la face, la perruque de travers, cacher la misère sous des tonnes de parfum... Toujours pas de savon!...

 

La révolution... Peut-être là mais encore!... J'ai du sang bleu qu'il me reste d'un très lointain ancètre inquisiteur de templier, j'ai pas vraiment envie d'être raccourci... Cessons là ...

Qui plus est, si c'est pour finir sans-culottes et crever la misère dans le Paris empuanti de l'époque,

à mendier quelques sous sur le parvis d'une église, les pieds nus et écorchés, me retrouver encore une fois aussi misérable que Quasimodo ou quasiment, pas la peine... Ne vous en faites pas je sais que Quasimodo n'est pas de la même époque que la révolution! Je raccourcis l'histoire à dessein....Toujours est-il que de savon je n'en trouves toujours point...

 

Nous voilà au siècle de l'industrialisation, des gueules noires ou roses ça dépend de quel coté tu naîs, celui avec une petite cuillère en argent dans la bouche, où l'autre avec rien dans la bouche!...

Là je crois pas au miracle,j'ai beau être chrétienne, il faut pas me la faire, je le sais... Je serais du côté du maillon ouvrier, celui là même qui non content de crever la dalle, fait des gosses comme les lapins, et pas de sous pour les nourrir!...Ce siècle là, je le trouve pas chouette pour tout le monde!

Et non content de faire une floppée de marmots, je nourris les canons de la chair de mes enfants...

Car s'annoncent les plus cruelles de toutes... Et le savon est hors de prix! Du luxe le savon!...

 

Les tranchées...Des guerres fratricides où le ne reconnait plus les siens tellement la boue recouvre tout!... Les rats courent, les maladies, la mort, les gueules cassées... Là je ne veux surtout pas naître!

Je retourne à mon néant, même si je n'ai aucun avenir, tout est meilleur que cet enfer...

Les poilus dénominés ainsi parce qu'ils n'avaient pas le loisir de s'apprêter, ni l'envie d'ailleurs...

Le savon n'était plus un luxe peut-être... Mais à quoi bon!...

 

Je vais passer celle de 39-45, sans m'y arrêter comme les trains chargés d'humains que l'on emmènent à l'abattoir, comme ses regards qui se baissent ainsi que les épaules sous le poids de la honte de n'avoir pu, de n'avoir su... De s'être protéger, d'avoir penser aux siens...Non vraiment là non plus je n'aurais pas pu... Le savon n'aurait pas suffi à me laver de tout cela...

 

Enfin le soleil revient... La joie de la libération... Les vaincus dépités et blessés reculent le front bas et recoivent une peine qu'une poignée méritait, l'on pense déjà à un mur... Les libérateurs sont adulés, voire pour certains adorés et plus encore... Et me voilà...

Fils d'un GI et d'une Parisienne... Et comme papa adore maman, il l'emmène dans son paquetage et je fais partie du voyage...

Ca y est je suis né, entouré d'une famille américaine moyenne! The american way of life comme on dit! Les meilleures années, celles de toutes les découvertes... Ou la vie est chouette comme un coca frais sous une véranda, les pieds en éventails sur mon rocking-chair, je me balance en entendant un Elvis Presley qui susurre "blue moon"...Mais je m'en fous parce que là je suis heureux... J'ai à peu près tout dans ce texas des années cinquantes finissantes, une maison, un travail, une femme , une voiture... Un seul détail me chagrine... Le savon n'arrivera jamais à blanchir ma peau de  nègre comme ils disent par ici!....

Comme quoi....

 





 


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Tricôtine 29/07/2010 20:48



je suis pendue à tes mots ... c'est un billet drôlement bien ficelé pour une fille !!! on peut faire pipi debout mais c'est pas bien pratique , j'ai ri, je suis passée ensuite au sourire au fil
de tes évocations, mais le chute est rude et pourtant ....  bravo , c'est le seul mot qui me vient !!!  bonne
soirée



Qu'importe 29/07/2010 23:51



Merci Tricôtine, j'en rougis d'humilité et de plaisir...Bonne nuit...