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Défi N° 44 pour Hauteclaire

Raconter deux rencontres, vraies ou fausses, brodées ou non!

Comme à mon habitude, je prends un détour... Rencontres, il y a ! Personnage célèbre, non! Des communs, des sans noms, des lambdas comme vous et moi, oui!...Non pas que je n'ai pas connus ou vus ou croisés des célébrités, mais ont-ils pour cela plus de valeurs à mes yeux?... Non.

 

Venez les petits, venez près du feu! Vous ais-je déjà raconté que dans ma jeunesse, je fus vendeuse en patisserie, et oui Marinette, ta grand-mère en a vendu des petits pains au chocolat! ouhlàlà que oui! Asseyez vous, pendant que la dinde cuit doucement, bien avant que le père Noêl ne passe, je vais vous raconter quelque chose!...

 

Il était une fois, pas une de plus, un charmant monsieur qui venait tous les matins ,juste avant de prendre son travail ,boire son petit café et lire son journal tranquillement assis juste à côté du chauffage, à peine audible il passait sa commande sans même me regarder, tous les jours depuis des semaines je le voyais, il entrait dans le salon de thé, un timide bonjour à la cantonade, puis s'asseyait et ne levait plus les yeux de son journal...

Le salon de thé était plein de sept heures jusqu'à neuf heures, des ouvriers, les commerçants alentours, et ça parlait fort, ça s'interpellait, ça commandait encore des cafés, et mon charmant monsieur arrivait toujours à se glisser sans même qu'on l'aperçoive, il attendait que le calme revienne, je savais ce qu'il allait me commander, mais j'aimais entendre sa voix chaude enveloppante, j'attendais toujours qu'il lève la tête, pour pouvoir capter ne serait-ce qu'une seconde son regard, qu'il me voit, qu'il me remarque enfin...

Les jours passaient, les clients aussi, les habitués trainant toujours un peu plus, plaisantant et commentant les actualités, mon charmant client toujours assis avec sa tasse de café et son journal, il se caressait la tête tout en lisant, peut-être commençait-il à se sentir plus à l'aise?... Je remarquais qu'il restait de plus en plus longtemps en notre compagnie, qu'il parlait avec les autres habitués, oui effectivement il commençait à faire partie de nos habitués, et moi je le trouvais de plus en plus charmant cet homme... Il était grand, mince, sa moustache me plaisait bien aussi, j'aimais sa gaucherie, combien de fois s'était-il trompé de sens pour la porte, combien de fois se l'était-il prit dans le nez? Quand il pleuvait nous mettions un tapis, ça ne manquait jamais il se prenait les pieds dedans... Puis petit à petit, il fit partit de mon quotidien, s'il manquait à l'appel nous nous inquiétions, je le soupçonne d'ailleurs de l'avoir fait exprès plus d'une fois!...

Il n'avait rien d'exceptionnel ce charmant monsieur, non rien du bellâtre oiseux, mais il me faisait rire, et devenait essentiel à ma journée de travail.

Puis un soir, au moment de la fermeture, quand l'heure n'est plus au service mais au ménage, l'heure où l'on monte les chaises sur les tables, l'heure où il y a toujours quelqu'un qui pointe son nez en demandant innocemment.

- »C'est trop tard pour un café? »

La machine à café est lavée, la salle vide et propre, les gâteaux rangés au frigo, on attaque les vitres, la ligne droite avant de rentrer chez soi!

Mais qui donc ose me demander ça? Mon charmant client du matin tout sourire, mon dieu quel sourire, des fossettes qui me font fondre comme du beurre dans une poêle trop chaude!... Ne rien laisser paraître, surtout pas!... Trop tard, je suis bel et bien foutue!

Ce charmant monsieur est votre grand-père, je suis toujours aussi conquise par ce sourire, à quoi ça tient tout de même!...Par contre je ne vends plus de petits pains au chocolat, désolée...

à l'homme de ma vie, Didier.

 

 

-"Mais dis Grand-mère, ça fait quoi d'être vieux?"

-"Laisses moi te raconter une autre histoire! Après je répondrais, d'accord?"

 

 

 

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Voilà mes vieux jours arrivés, le temps des souvenirs avant qu'ils s'enfuient, le temps de les partager, qu'ils aient encore un souffle de vie quand moi même n'en aurait plus! Il est temps pensait Philippine en regardant passer le temps, seule sur son fauteuil au fond de la grande salle. Elle faisait si petite, si fragile accolée à cette baie vitrée d'où perçait un timide soleil d'automne. J'étais d'astreinte cet après-midi là, l'heure du goùter était encore loin, la télévision en sourdine occupait les yeux de quelqu'unes, pas leur esprit qui trottait bien loin de là, quelque part entre les limbes de la sénilité pour la plupart, mais Philippine était bien là, toute entière dans ses pensées nostalgiques, dans cette vie qui s'enfuyait au galop, elle contemplait ses congénères avec un sourire bienveillant, les yeux pleins de bonté et de douceur. C'était une grand-mère comme la plupart dans cet hospice, de ces grand-mères que l'on devine confiturière, tricoteuse et pleine d'histoire d'antan...

J'avais vingt ans, la vie devant moi, la jeunesse pour moi, elle avait quatre fois mon âge, une vie remplie et plus beaucoup de temps devant elle... Nous échangeames ce regard de connivence, celui qui comprend sans mot, celui qui caresse, celui qui annonce le sourire. Je m'asseyais à ses cotés, lui prenait la main, elle était chaude et rugueuse, une main qui avait travaillé, une main lasse, fatiguée.

Sans un mot, j'observais son front ridé, ses yeux bleus où les larmes avaient séché si souvent, Philippine était une grand-mère comme la mienne l'avait été, douce et silencieuse, le même chignon retenait ses cheveux blancs rendus fins par le temps, ses joues rougies et pleines, de ses joues qui appellent les baisers, toutes douces, duveteuses.

- »Quand est-ce que tout ça prendra fin? » Me dit-elle dans un soupir.

- »Le plus tard possible! » Lui répondis-je en serrant sa main.

- »Pourquoi c'est si long? »

Je ne savais pas quoi lui répondre, moi qui n'avais jamais le temps, elle en avait de trop.

Je la contemplais, une larme puis deux perlèrent sur ses joues.

- »Ils sont tous morts et moi je suis encore là! « 

Philippine était orpheline de tout, ses parents bien sùr partis depuis longtemps, son seul fils aussi, elle était seule, et attendait qu'un dieu clément veuille bien lui donner son ticket pour les rejoindre.

La vie est une sacrée supercherie, jeune l'on cherche à tout prix à vivre mille vies, l'on s'étourdit et l'on valse les bras ouverts plein d'avenir, la cinquantaine arrivant l'on freine le tempo, l'on contemple sa vie, l'on fait le décompte moins pressé d'un coup, puis vient le temps du repos tant mérité et l'on s'aperçoit que cette vie après laquelle l'on a couru toute son existence, l'on a même pas prit le temps de la vivre pleinement, le temps des regrets sonne. Puis vient le temps d'attendre, le temps où l'on espère plus rien, où tout a été dit et fait, où tout a été accompli, la force nous manque, la vigueur n'est plus qu'un souvenir, ne reste que la baie vitrée sur la vie qui passe...

A Philippine qui a fini par rejoindre ses anges...

 

-"Je crois que j'ai répondu à ta question, non?"

-"Ah bin si ça d'être vieux, je suis pas pressée!"

-"Effectivement tu as le temps, prends le et fais-en du bonheur de tout les instants."

 

 

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le-panier-a-histoires-de-memette.over-blog.com 14/12/2010 19:57



Quel enchantement que ces hitoires racontées avec talent et tendresse. Peu importe qu'elles soient vraies ou fausses, elles sont juste très belles. bonne soirée!



Qu'importe 15/12/2010 19:13



Merci beaucoup...et effectivement peu importe!...



butterfly 14/12/2010 15:51



C'est superbement écrit plein d'émotions, on sent que tout est vrai et que c'est dit avec le coeur, ta deuxième histoire me rappelle trop de personnes âgées de mon entourage qui se sont dit la
même chose....Beaucoup d'émotions ici zut je me répète tant pis je le laisse car je tiens à insister !!!!



Qu'importe 14/12/2010 16:28



Merci Butterfly...



simeray 14/12/2010 11:48



tes deux histoires sont pleines de tendresses , on sent le vécu, bisous et continues de m'enchanter



Qu'importe 14/12/2010 12:07



Merci fidèle lectrice du Jura! et belle-soeur aimée...Je fais de mon mieux, et comme on dit le mieux n'est-il pas l'ennemi du bien?... Philosophons en famille!



Tricôtine 13/12/2010 22:39



je ne me pose pas la questionde savoir si l'une ou l'autre est vraie, deux belles histoires pour la veillée, et quel portrait de Philippine , est-ce cette jolie mamie au chignon "crotte" qu'on
aurait glissé avec plaisir sous une coiffe bretonne !! mon arrière grand mère avait ces traits, qui m'émeuvent profondément !! merci pour ces deux histoires de vie ! bonne soirée



Qu'importe 14/12/2010 11:38



Merci de ta visite Tricôtine, bretonne mon arrière grand-mère l'était, celle-ci était de saint-Paul commune du Chablais, de toutes les mamys que j'ai connu cette année là qui fut
riche d'enseignement pour moi, elle est de celle qui me laisse le plus d'émotions, il y en eut d'autres plus ou moins gaies, un jour je les poserais certainement sur mon blog... Et effectivement
il n'y a pas de pièges ici, tout est vrai... Je cours lire vous autres...A tout de suite...



Jeanne Fadosi 13/12/2010 19:02



même la suggestion d'Anne a disparu du coup ! il ne lui reste plus qu'à refaire sa suggestion. Je crois me souvenir que son coeur penchait pour la première histoire ?



Qu'importe 13/12/2010 20:29



Non non rien à disparu, juste enlevé jusqu'a demain!... Merci de ce va et vient...



Jeanne Fadosi 13/12/2010 12:04



mince ! j'ai eu la maladresse de lire le commentaire ... et ta réponse. Pourrais-tu, puisque je suis la deuxième à commenter, effacer ta première réponse pour que nous profitions un peu du
suspense. Je ne pense pas qu'Anne s'en formalisera ni qu'elle vendra la mèche !


bises et belle journée



Qu'importe 13/12/2010 18:18



J'obéis...et merci de ta visite Fadosi.



Anne 13/12/2010 09:25



Je pense que la première est vraie et très jolie d'ailleurs.


Bonne journée



Qu'importe 13/12/2010 10:01



Les deux mon capitaine, merci de cette visite matinale...