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Défi n° 42...

Le défi : Parler ou faire parler son animal de compagnie... Mon Léo étant peu causant de nature et comme nous étions cette semaine en plein de dedans, comment joindre l'utile et l'agréable, faire mon devoir de mémoire ?...

 

 

Le 11 Novembre de toutes les années passées et à venir...

 

Depuis son plus jeune âge Bastien avait l'habitude et le plaisir d'accompagner son grand-père à la commémoration du onze Novembre... Les premières années, il ne se posait aucune question, juste le plaisir de tenir la main de ce grand-père d'exception,que chaque personne qu'ils croisaient saluait avec ostentation, il était fier en levant les yeux sur cet homme sans âge tant il était buriné, ridé, noueux comme un chêne et aussi solide,paraissant immortel.

Sa main sèche tenait la sienne si petite, il semblait lui aussi si fier, si fort...

Au fil des ans, Bastien perdit le goùt de cette sortie annuelle, presque devenue une corvée, il suivait son grand-père tête basse, jamais celui-ci ne lui avait parlé de la grande guerre, jamais il ne lui avait confié cette aventure dramatique, mais ce 11 Novembre là Bastien osa.

A chaque fin de discours de l'édile, la gerbe posée, la foule de plus en plus disséminée partie, ils restaient seuls encore un instant, son grand-père posait alors son bouquet d'oeillets de poête, toujours les mêmes fleurs, toujours ce court instant où perlait une larme sur la joue de son grand-père, toujours ce bref moment où cet homme si dur, si fier, si droit ployait sous le poid d'une peine qui semblait le prendre à cet endroit, comme un fantôme, comme un esprit lui tirant cette larme fugitive...Puis il se resaisissait, essuyait cette larme honnie, et partait sans un mot vers les vivants.

- »Pépé, j'aimerais que tu réponde à ma question, jamais plus je ne te la poserais, juste aujourd'hui. »

- »Je la connais ta question, tu aimerais savoir sur qui je pleure? »

- »Oui. »

Ils avancèrent jusqu'au banc de granit planté dans l'herbe humide juste à coté du monument aux morts, le grand-père se posa lentement, Bastien le vit pour la première fois tel qu'il était, un vieil homme fatigué, las et triste à cet instant.

- »Ces fleurs sont pour mon meilleur ami, mon compagnon le plus cher, il fut de toutes mes batailles, il était mon confident, mon ami dévoué, mon sauveur aussi. »

- »Tu ne m'en a jamais parlé. Il s'appelait comment? »

- »Duraton, mais peu importe comment on l'appelait! Il était ma joie, mon moment de vie au milieu de tous ces cadavres, il était l'étincelle qui me consumait au pires instants des vagues d'assaut, quand il fallait dans les corps à corps enfoncer les baïonnettes, quand on ramenait nos compagnons de misère dans les tranchées, quand on recueillait leurs derniers souffles au milieu de la boue, du sang, des cris, des détonations, il était là, assis à mes côtés, fidèle et chaleureux dans cet amas boueux, il a été mon meilleur ami... »

Comme si tous ses souvenirs remontaient en surface, il n'était plus un vieillard noueux mais un poilu revenu des ténèbres, un combattant de l'aube, un homme déchu au milieu de tant d'autres. Relevant la tête, Bastien surprit sur ses traits l'ombre de ses murs de terres, de ses odeurs putrides, déjà presque enterrés, surgissant tels forcenés de leurs trous pour donner l'assaut dont beaucoup ne reviendront pas, la mort n'était-elle pas le meilleur échappatoire à cet enfer? Les souvenirs et les regrets il en avait à la pelle, rien de bon dant tout ça, si ce n'est cet ami qu'il chérissait encore...

- »Duraton? C'est un surnom? »

- »Non, on l'avait baptisé comme ça! Il était là pour chasser les rats! »

- »Tu me parle d'un homme pépé? »

- »Non, mais il en avait la carrure et la forçe, il aurait mérité d'être un homme ce chien là! »

Depuis ce jour et pour tous les autres 11 Novembre à venir, Bastien prit la relève de son grand-père, pour que l'on oublie pas « Duraton », aujourd'hui on est le 11 Novembre, Bastien tient la main de son fils et un bouquet d'oeillets... Fin.

 

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Lenaïg Boudig 17/11/2010 09:54



C'est original, ton défi à double intention et bien réussi : la dureté des tranchées de 14 et l'amour d'un chien qui fait tenir et aller de l'avant. Je venais voir ton Léo, mais ce n'est pas lui
qui est mis en vedette ! Bise à toi et caresse à lui !






Qu'importe 17/11/2010 11:13



Promis je ferais son éloge... et une photo de la star apparaitra... Merci de cette visite qui me fait très plaisir...La caresse est faite, une de plus il va finir pas s'user de tant
de caresses!



Lyly 17/11/2010 09:26



Bonjour


Quel texte émouvant, un récit très captivant !


Merci pour ta participation qui rend un fort bel hommage à ces hommes et à


Duraton


A bientôt, bise, Lyly



Qu'importe 17/11/2010 11:19



A tous les combattants, toutes nationalités confondues, de tous horizons lointains ou non, de causes différentes, à venir ou passées, volontaires ou non, la vie n'a pas de prix, comme
l'amour et l'amitié... J'ai en mémoire ce magnifique film "Joyeux Noêl", cette trêve fraternelle qui ne dura que l'instant de la nativité... Merci de ton passage Lyly...



butterfly 16/11/2010 18:19



Beau texte et bien amené une pensée pour "Duraton" .... Bonne soirée



Qu'importe 16/11/2010 19:08



Merci pour lui et tous les autres... Totalement hors sujet comme à mon habitude...bonne soirée Butterfly



Jean-Pierre 15/11/2010 15:26



Très joli et émouvant récit à la mémoire de ces chers disparus ...


Je pense à Duraton !



Qu'importe 15/11/2010 20:55



Et a tous les autres... Merci pour le commentaire, il me touche...



simeray 15/11/2010 10:32



superbe hommage à duraton, chaque humain un peu sensible à un duraton ou plusieurs dans son coeur et qu'il est très difficile d'oublier, il faut dire qu'ils nous donnent tellement d'amour et de
joie, je n'oublie pas mon Priam, et mon Matelot



Qu'importe 15/11/2010 11:56



Merci Françoise, pour ma liste personnelle : Kiki 1, Kiki 2,Gamin, Gamine, Tom, Minouche , Shadow. Chiens et chats confondus, pour les autres animaux la liste serait trop
longue...


Je parle là des anonymes de l'histoire, des petits soldats apatrides morts au champs d'honneur, quelques uns ont eu des médailles posthumes, et malgrè ce que certains pensent, pour
moi elles étaient méritées... Merci à toi d'être fidèle au poste...bises.